La place des joueuses au sein du gaming et du e-sport devient un sujet central des débats communautaires autour du jeu vidéo. The LAG a eu la chance de rencontrer Sapristite, co-fondatrice d’Oestrogaming, une association destinée à promouvoir le gaming au féminin. Découvrez son interview.

Salut Sapristite et merci d’avoir accepté notre invitation. Pourrais-tu rapidement te présenter ?

Hello ! Alors, je suis Sapristite, Chloé de mon vrai prénom, et je suis l’une des trois fondatrices d’Oestrogaming. Mon parcours dans le jeu vidéo a commencé très tôt, durant mon enfance, avec des consoles de salons. Je suis restée une gameuse à manettes jusqu’à avoir mon premier PC viable.

J’ai aussi été journaliste chez Madmoizelle.com et j’ai streamé en solitaire pendant un ans avant d’arriver à la conception d’Oestrogaming, lancée 13 octobre 2017.

Je suis très attirée par les jeux indépendants comme Ori and the Blind Forest par exemple. En dehors de ça, je n’ai pas de préférences particulières.

 

Comment as-tu rencontré les deux camarades avec lesquelles tu as fondé Oestrogaming ?

J’ai rencontré Altahina et Harleen au sein d’une autre structure dans laquelle nous avons collaboré. Nous avons échangé à propos de nos visions à long terme, de nos valeurs et nous avons trouvé des atomes crochus.

Nous avons apprécié travailler là-bas mais quelque chose nous manquait, il y avait comme un vide.

Quand nous avons quitté cette structure, nous sommes restées ensemble et avons cogité jusqu’à fonder Oestrogaming.

Concrètement, qu’est-ce qu’Oestrogaming ?

Il s’agit d’une structure visant à regrouper des streameuses pour leur offrir de la visibilité sur une plateforme unique, et aussi leur offrir un lieu pour échanger si elles le souhaitent, en toute tranquillité.

Il faut bien comprendre qu’à l’heure actuelle, lorsque tu es une streameuse sur le net, tu peux potentiellement te faire harceler ou insulter gratuitement. Tu peux être amenée à te prendre des “raids” assez hostiles.

Un raid hostile, c’est quand toute une bande d’utilisateurs débarque sur ton stream ou même ailleurs pour lâcher des commentaires insultants et rabaissants. Ça peut être compliqué à gérer psychologiquement.

Le nombre fait la force et Oestrogaming est là pour apporter cette force. L’association a aussi pour but de minimiser l’impact de ces raids en venant donner un gros coup de main à la modération ou en rediscutant après avec les streameuses pour qu’elles puissent évacuer leur mauvais expérience.

On essaye de donner de la confiance aux streameuses et c’est parfois difficile, sur internet, les pseudos et les écrans interposés donnent de la force à ceux qui, dans la vraie vie, n’oseraient pas venir nous rabaisser. Mais là, sur le web, tu peux rapidement être submergé.

Il ne faut pas négliger l’impact moral des “raids” dont j’ai parlé plus haut. Certaines streameuses arrêtent leur activité à cause des raids. Ce n’est ni plus ni moins que du harcèlement en masse, ça peut être dur, voire traumatisant dans les cas les plus graves.

Pourquoi le nom Oestrogaming ?

A la base, c’était une blague entre nous trois ! Nous cherchions un nom et nous nous sommes amusées à lancer des idées loufoques. Celle-ci est ressortie parmi d’autres, nous avons aimé la comparaison avec l’oestrogène.

C’est une hormone très présente dans le corps des femmes mais aussi présente, en petite quantité, chez les hommes. Et ça tombait ça pic puisque ça reflétait bien l’idée que nous avions en tête pour la structure. Oui, nous avons aussi des streamers hommes. Il n’y a pas de raison !

D’ailleurs, les gens lisent souvent “Astrogaming” au lieu d’Oestrogaming, d’où notre charte graphique très tournée vers l’astrologie et les étoiles. On joue aussi sur cette double lecture !

 

Le gaming au féminin, c’est quelque chose qui doit et qui va se développer. Vous avez d’autres types de streameuses ?

Bien sûr, nous ne sommes pas toutes des joueuses. Nous avons également des artistes ,comme des cosplayeuses et des illustratrices, ou encore des développeuses au sein de la structure.

Le gaming au féminin c’est une base mais les autres streameuses méritent également d’être plus vues et plus connues.

On arrive à la question piège ! Votre action peut paraître, pour certains, très proche de certaines revendications politiques en faveur des femmes. Vous vous inscrivez dans un mouvement politique ?

Pour être honnête, je pense que toute action entreprise via des canaux publics possède un fond politique. Je parle bien de Politique avec un “P” majuscule, au sens le plus strict du terme comme un engagement de ses valeurs. Oestrogaming véhicule des idées et est donc un vecteur politique en soi, de facto. Pour nous, c’est assez clair.

Souvent, j’entends des gens me dire “mais le gaming c’est uniquement masculin, on en a marre, où sont les femmes ?”. J’ai très envie de répondre qu’elles sont devant eux… mais qu’elles se cachent. Je vous l’ai dit, il y a un vrai risque pour une femme qui s’expose dans le gaming via le stream ou, quand on généralise, sur internet.

Sans compter que les plateformes de contenu elles-mêmes ne les mettent pas en valeur : les tendance sur YouTube ou su r Twitch sont majoritairement représentées par des créateurs plus que par des créatrices. OR ce sont les plateformes qui choisissent qui figure dans les tendances.

Nous, on est aussi là pour tenter d’inverser la vapeur, pour montrer que les femmes sont là justement ! C’est important de développer la place des femmes dans un milieu comme le gaming souvent perçu comme très masculin.

Non, nous ne sommes pas absentes et nous aimons tout autant le jeu vidéo, le développement, etc. Il faut aussi que les joueurs et publics masculins sachent qu’on est là mais que nous avons des problématiques qu’ils peuvent contribuer à résoudre. D’ailleurs, la majorité des gamers qui font l’effort de s’intéresser à nous – Oestrogaming – adhèrent assez rapidement à ce point de vue.

Je suis toujours surprise du nombre de femmes et d’hommes qui partagent nos valeurs, nos aspirations. C’est super encourageant !

Pour revenir à Oestrogaming, avez-vous des jeux de prédilection ?

Pas vraiment, non. Nous n’avons aucune consigne, ni aucune obligation de type de stream au sein de l’association. Nous laissons chaque joueuse et chaque joueur avoir sa patte.

C’est à elle ou à lui de décider ce qu’elle veut montrer à son public. Nous sommes là pour mettre en avant des personnalités diverses, complexes, individuelles. Pas pour proposer un contenu uniforme.

Cette volonté se retrouve même dans notre politique de don. Chaque streameuse possède son lien de don personnel, rien ne va directement à Oestrogaming. Nous ne sommes pas là pour faire de l’argent sur le dos de celles et de ceux qui streament pour nous.

Notre seul exigence concerne les valeurs de l’individu que l’on recrute. Si une personne postule pour nous rejoindre, alors nous nous assurons qu’elle comprend nos valeurs et notre culture. Tant que les siennes collent avec les nôtres, nous n’avons aucun problème à l’intégrer.

Nous avons, malheureusement comme toutes les chaînes, eu des recrutements moins heureux, et in fine personne n’était vraiment satisfait puisque les opinions de chacune et chacun divergeaient.

Mais c’est le genre d’expérience qui nous a permis d’apprendre de nos erreurs et d’avoir davantage “le compas dans l’oeil” quand on recrute quelqu’un.

Quelle est votre vision à moyen et à long terme ?

Je vous avoue que nous n’avons pas tellement planifié de choses pour le moment. Certes, la question se posera à un moment donné et nous avons abordé la question plusieurs fois avec mes deux co-fondatrices. Mais à l’heure où je vous parle, il n’y a pas de plans définis.

Il faut bien savoir qu’Oestrogaming existe depuis un an et demande énormément de gestion. Ce n’est pas rien que de gérer les streamers, les plannings, les imprévus, etc. Notre activité est très chronophage et demande de la gestion au court terme, ça laisse assez peu de place pour penser au moyen/long terme.

Je pense que si je devais nous donner un cap, dans le cas où la structure augmenterait de façon substantielle, ce serait de recruter toujours plus de streameuses afin de continuer à leur donner de la visibilité. Nous souhaitons que le streaming au féminin soit reconnu et je pense que nous continuerons à nous battre pour ça même si l’on devait connaître le Succès, avec un grand S.

 

Pour notre dernière question, nous allons te ramener un peu vers l’e-sport. Que penses-tu de la place qu’y a la femme aujourd’hui ?

La place des femmes est encore insuffisante, vraiment. C’est un milieu qui se veut très masculin, de base et il y a une sorte d’entre-soi confortable dans lequel les hommes ont eu tendance à rester pendant longtemps. Les lignes bougent de plus en plus et je m’en réjouis. Mais il demeure que les femmes sont encore trop peu représentées dans l’e-sport. Leur légitimité y est souvent remise en question.

Il y a des résistances et des contraintes pour les femmes dans le milieu de l’e-sport, les joueuses pro (ou aspirant à l’être) sont souvent mises de côté ou reléguées à d’autres position dans le domaine de l’e-sport.

Ce que je trouve aberrant c’est que l’e-sport commence à prendre le même tournant les sports traditionnels où hommes et femmes jouent dans des catégories séparées…. alors qu’il n’y a absolument aucune raison !

Il n’y a pas de différence physique à prendre en compte, nous avons toutes et tous un cerveau et deux mains. Alors pourquoi tenter de nous séparer ?

Je crois qu’il y a énormément de travail à faire mais nous avons la chance d’être dans les débuts du e-sport, en tant que discipline sportive et professionnelle à part entière et connue du grand public, j’entends. Nous pouvons corriger le tir dès le départ pendant que les médias commencent à s’y intéresser et à se forger une opinion. Je pense qu’on peut y arriver, en tout cas à Oestrogaming, on apportera notre pierre à l’édifice.

 

Un grand merci à Sapristite pour son temps et ses mots. Nous soutenons l’initiative d’Oestrogaming et nous vous invitons à découvrir l’association sur Twitch, Facebook et Twitter.

 

Propos recueillis par Earlock et Lya Quinn.

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