EA vient d’officialiser le remastered de deux licences phares du jeu de stratégie des années 90 : Command and Conquer et Alerte Rouge. Cette annonce s’inscrit dans une large tendance des éditeurs à rééditer leurs jeux éponymes. Pourquoi un tel retour nostalgique ? Est-on face aux limites du gaming moderne ? Doit-on se contenter d’y voir un simple placement marketing ? The LAG tente de vous répondre.

 

Nostalgie : quand ancienneté rime avec qualité

“C’était mieux avant” … vous l’avez déjà entendu ou vous l’avez déjà prononcé, n’est-ce pas ? Que vous soyez un joueur à l’ancienne ou un nouveau gamer baigné dans les fantasmes du passé de vos ainés, vous ne pouvez nier que la fibre nostalgique est profondément ancré dans l’univers du gaming. Un processus normal, inhérent à tout être humain.

Sans parler de jeu vidéo, il faut bien savoir que nous avons tendance à déformer la réalité au fur et à mesure que celle-ci s’éloigne de notre quotidien immédiat. Les plus vieux d’entre vous auront peut-être déjà ressenti cette étrange sensation de retour à la réalité lorsque vous retournez sur un lieu de votre enfance pour finalement vous dire : “ah c’était comme ça…”

Cette mécanique purement humaine fonctionne aussi avec les jeux vidéos. Je ne nie pas que bon nombre de joueurs peuvent se sentir nostalgique de la difficulté ou des graphismes des jeux d’antan mais pour avoir moi-même rejoué à certains de mes vieux jeux sur console. Il faut bien avouer que c’était dur et moche, comparativement à ce qu’on fait aujourd’hui.

Peu importe les bugs, les textures flous ou le niveau parfaitement insane de ces jeux. L’imagerie populaire tend à dire que ce qui était fait avant l’ère des années 2000, voir 2005 – grossièrement hein – était d’une qualité supérieure à ce qui se fait maintenant. Cette impression est-elle justifiée ?

 

Qualité : les jeux sont-ils devenus si mauvais que ça ?

Pour comprendre cette facette du raisonnement, il faut bien se figurer deux états de faits.

Première étape : les jeux d’avant étaient portés sur l’expérimental. Pour la plupart, nous avons vu l’émergence de certains jeux, de certains gameplay. Notre impression de qualité rime aussi avec cette disruption qu’apportaient certains studios dans leur milieu. Bref : on prenait plus de risques, ce qui est moins le cas aujourd’hui.

Un certain nombre d’éditeurs a été plus séduit par le côté business / rentabilité du gaming que par le gameplay. Un nombre incalculable de jeux et leurs suites ou dérivés n’ont finalement fait que réutiliser une recette qui marche pour continuer à faire du chiffre d’affaires. Exit la tentative de rénovation, et ça nous a lassé.

Deuxième étape : l’époque a changé. Les jeunes d’hier ne sont plus les jeunes d’aujourd’hui. Qu’on le veuille ou non, les réseaux sociaux, les smartphones, la culture de instantanée, la prolifération des distractions multiples et des supports … toutes ces choses sont démocratisées désormais. Notre jeunesse est devenue impatiente, le jeu vidéo doit être comme tout le reste : consommable vite et bien. D’ailleurs, le jeu vidéo sur smartphone en est la conséquence directe.

Accepter que le contexte et que la jeunesse a changé c’est comprendre pourquoi on innove moins et pourquoi les jeux sont plus simples. Le public visé, ce n’est pas le gamer de 30 ans mais celui de 10 ou 12 ans. On adapte les jeux à leurs exigences car il faut vendre. Est-ce bien ? Est-ce mal ? Le débat est vaste et plusieurs points de vus s’affrontent. Je vous laisse faire votre choix.

Quoi qu’il en soit : les jeux anciens ne sont pas forcément meilleurs sur le fond … mais ils ont eu l’effet d’une bombe nucléaire en tentant d’innover là où les jeux récents rassemblent des recettes qui marchent. On a une partie de la réponse.

 

Remastered : quand le marketing s’empare de la nostalgie

Les vieux jouent ! Oui, les vieux… enfin, quand je dis, je parle des joueurs qui ont plus de 25 ans. Vous êtes, pour les marketeux du secteur du jeu vidéo, vieux. Vous êtes un ancien, faites-vous une raison. Mais contrairement à vos parents avant vous : vous êtes une cible. Pire que ça, vous êtes de plus en plus nombreux … et avec vous, le niveau d’exigence à l’ancienne commence à faire couiner les jeux récents.

Le remastered est-il la solution pour contenter les anciens en leur redonnant le contenu d’hier avec le graphisme d’aujourd’hui ? Une sorte de palliatif pour ceux qui ne se reconnaissent pas dans le contenu d’hier ? Peut-être. C’est certainement ce que pensent les éditeurs qui enchaînent la remasterisation des titres phares de leur passé pour tenter de toucher ceux qui ne sont plus “dans le mood”.

Si on continue les remastered, c’est que ça marche on ne va pas le nier. Il n’y a qu’à voir l’engouement pour Starcraft lorsque le STR a été revu par Blizzard. On atteint pas des chiffres fous mais pour un jeu avec un contenu quasi-similaire – voir totalement – avec simplement du graphisme revisité on va dire que c’est une bonne opération

Chaque studio y va de son petit remastered à lui et peu à peu, on capte l’attention de ceux qui s’étaient détournés des nouvelles licences. Le marketing a bien compris où frapper pour faire des bénéfices supplémentaires tout en évitant des commentaires désagréables sur Twitter à chaque annonce.

 

Des générations fracturées et des attentes nuancées

Le remastered, en lui-même, est une décision marketing. C’est un fait. Mais sa popularité laisse voir un sous-texte plus complexe : il y a une fracture vidéoludique de plus en plus claire entre les joueurs d’hier et les nouveaux joueurs d’aujourd’hui. Pour les raisons citées plus haut les attentes ne sont plus les mêmes.

Là où, autrefois, nous pouvions allouer des heures à un jeu difficile avec pour seul but de s’améliorer… nous sommes aujourd’hui confrontés à un public qui n’a plus de temps. Le jeu vidéo, autrefois moyen de distraction “nouvelle génération” est devenu un consommable auquel on applique les mêmes critères qu’à ses voisins.

Le remastered nous laisse voir ô combien nos mentalités ont pu évoluer. Si les anciens joueurs se reconnaîtront dans les mécaniques d’hier – pour ceux qui n’ont pas été trop imbibé par la culture instantanée – il y a peu de chances que les nouveaux soient emballés. Il n’y a qu’à voir certaines réactions vues sur la demo de WoW Classic de Blizzard pour se rendre compte de ça.

 

Au final, qu’est-ce qu’on en pense ?

Le remastered n’est pas qu’une mode mais est bien un placement marketing destiné à re-séduire les “vieux briscards”. Ceci dit, cette tendance doit nous permettre de prendre du recul sur la transformation de notre société, sur notre façon de consommer et sur les attentes des plus jeunes.

Encore une fois, est-on dans le bien ou dans le mal ? Ce sont des questions sociales et politiques trop complexes pour que l’on tranche de nous-même. Quoi qu’il en soit, nous sommes des “vieux” chez The LAG et nous sommes bien forcés d’admettre que revoir un peu de difficulté à l’ancienne nous fait bien plaisir.

Doit-on s’attendre au développement d’un marché parallèle qui viserait les plus de 30 ans et qui arborerait les codes de demain ? On en est pas encore là … mais qui sait ?

 

Earlock

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